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Yannig Raffenel : la place de l'humain et le rôle des services RH dans la formation d'aujourd'hui

29 novembre 2021

Quels sont les enjeux de la formation professionnelle d’aujourd’hui ? Quelles transformations de fond ce secteur est-il en train de vivre ? Quelles priorités se dessinent pour les années à venir ? Pour répondre à ces questions essentielles, Rise Up a interrogé Yannig Raffenel dans le cadre de l’événement Rise Up Connect. Ce spécialiste de la formation dispose de plusieurs casquettes : co-président d'EdTech France (association regroupant plus de 400 entreprises travaillant dans la tech), organisateur d’événements dans l’écosystème de la formation avec le Learning Show et expert en Digital Learning. 

 

 

 

La place de l’humain dans le processus de recrutement et de formation

 

Aller chercher les talents non formatés


Le processus de recrutement se renouvelle. L’humain y prend une place grandissante car il s’agit d’aller chercher les candidats qui sortent du “moule”, des talents différents, qui apportent de la valeur à l’entreprise grâce à leur singularité. Dans un deuxième temps, le défi consiste à garder ces nouveaux collaborateurs. Pour le réussir, il faut bien sûr s’appuyer sur la formation professionnelle. Ce qui passe, une fois de plus, par une concentration accrue sur l’humain…  

 

Former pour accompagner les collaborateurs dans leurs besoins spécifiques


Au lieu de “service des ressources humaines”, Yannig Raffenel parle de “service de développement de la richesse humaine”. On devine dans cette dénomination la nouvelle responsabilité de toute organisation : faire en sorte d’offrir les moyens à chaque collaborateur d’apprendre, l’accompagner dans ses besoins spécifiques et même éveiller, faire en sorte que ces besoins s’expriment. “Au travers de ses formations, l’entreprise doit répondre à la nécessité vitale de chacun d’apprendre et de s’épanouir”, souligne l’expert. 

Autrement dit, pour conserver un talent, une structure a l’obligation de lui apporter les moyens de développer ses compétences. “Le collaborateur attend de l'entreprise qu’elle apporte de vraies offres de formation, stimulantes, motivantes, qui ont du sens”. Et cela dépasse largement les obligations légales auxquelles elle doit répondre.   

Les dispositifs de formation reposent désormais sur deux piliers, deux enjeux. D’une part, il s’agit de répondre aux objectifs de l’entreprise, en faisant en sorte que les compétences gagnées par les collaborateurs impactent leur performance. D’autre part, il faut désormais combler les attentes des collaborateurs considérés dans leur individualité. Aujourd’hui, chaque salarié sait qu’il sera amené à changer plusieurs fois de métier au cours de sa carrière. Il n’appartient donc plus à l’entreprise. Le collaborateur ne restera qu’un temps au sein d’une structure, avant de poursuivre son parcours professionnel ailleurs. Et l’organisation doit lui donner les moyens d’accomplir cela. On touche ici à la notion d’entreprise archipel développée par Philippe Pierre. L’archipel représente les multiples vies que l’on porte en nous et que toute structure doit accepter et intégrer dans son processus de formation. 

On assiste ainsi à un profond bouleversement de la culture de l’apprentissage, qui conduit à la naissance de l’entreprise apprenante. 

 

L’entreprise apprenante

 

Qu’est-ce qu’une entreprise apprenante ? 


Pour Yannig Raffenel, l’entreprise apprenante est “une notion clé et nouvelle”. Pourquoi est-elle clé ? Parce que, selon lui, “dans moins de 10 ans, 30 % du temps de travail sera consacré à la formation”. Cela signifie que les acteurs, en particulier les services des ressources humaines et les collaborateurs, ont déjà saisi l’importance de la formation. Reste à franchir un pas supplémentaire. 

 

Interview Yannig Raffenel pour Rise Up Connect

 

Ce qu’introduit le concept d’entreprise apprenante, c’est que le savoir ne vient plus de l’extérieur. À la recherche d’experts en dehors de l’entreprise, on passe à la quête des savoirs à l’intérieur même de la structure, car chacun dispose d’une expertise, d’un talent. 

La première responsabilité de l’entreprise est donc d’identifier les talents et d’organiser le transfert de leur savoir, de faire se rencontrer ceux qui savent et ceux qui ont besoin de savoir. 

 

L’indispensable apprentissage entre pairs


“Cette dynamique est valorisante pour tout le monde”, poursuit Yannig Raffenel. Elle met sur les rails l’apprentissage entre pairs et crée une culture de l’échange au sein de l’entreprise. Résultat : le désir de transmettre se mêle au plaisir retrouvé d’apprendre. “Tout le défi des acteurs de la formation, insiste-t-il, est d’être capable de réintroduire cette notion de plaisir, de sens dans l’apprentissage mais aussi d’accepter que l’on apprend avec et par les autres.”

Sur une plateforme LMS, cela se traduit concrètement par la mise en place d’espaces communautaires et l’organisation du social learning. Plus généralement, il s’agit pour l’entreprise d’assurer un accompagnement global incluant :

  • la reconnaissance des expertises ; 
  • une aide à destination des apprenants, en leur fournissant une méthodologie mais aussi un appui plus psychologique afin qu’ils renouent avec l’envie d’apprendre.

 

Les vertus du blended learning


Concernant les modalités pédagogiques, le blended learning, ou formation mixte, semble incontournable. Pour Yannig Raffenel, “c’est la base” de tout dispositif. Pourquoi ? Parce que ce modèle de formation prend le meilleur du digital et le meilleur du présentiel. L’expert conclut : “L’humain et le digital sont faits pour aller ensemble. La question ne se pose plus”. À partir de cette certitude, les acteurs de la formation se doivent de repenser les pratiques pédagogiques. 

 

Repenser les pratiques pédagogiques

 

Ce que la crise sanitaire a apporté, “c’est l’évidence de l’utilisation du digital”. Problème : la rapidité avec laquelle les entreprises ont dû “se convertir” à la formation en ligne n’a pas permis une transition efficace entre le présentiel et le distanciel. Bien souvent, les apprenants se sont retrouvés esseulés devant leur écran d’ordinateur, à écouter parfois pendant plusieurs heures un formateur statique face à une caméra. Or, l’introduction du digital learning exige de nouvelles façons d’enseigner. Une nécessité qui se confronte pourtant à certaines résistances. 

Les habitudes ancrées depuis toujours dans les méthodes d’enseignement constituent le point bloquant numéro 1. La principale habitude, c’est le transfert des connaissances de manière verticale, d’un expert “sachant” vers un apprenant. Or, à l’heure actuelle, les savoirs ne sont plus entre les seules mains des experts, ils sont partout et facilement accessibles. L’enjeu n’est donc plus la transmission des connaissances. Il faut désormais permettre aux collaborateurs d’utiliser ces savoirs dans des situations pratiques, au plus près de leurs missions professionnelles. Et ces activités, ces projets que les services formation doivent proposer, ils se réalisent en groupes, “parce que, poursuit Yannig Raffenel, dans le monde de l’entreprise, on ne travaille jamais seul, donc aller se former, c’est aller se former avec les autres”. 

Dans ce cadre, les missions du formateur changent. Celui-ci produit de la pédagogie active et accompagne les apprenants dans leur réussite, au plus proche de leurs contraintes et de leur métier.

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